Du 16 au 22 septembre 2004

Soutenir Ben Ali, c'est soutenir
le choix démocratique
 

Par Taïeb Zahar

Les réactions populaires et celles de la classe politique, des organisations nationales et des composantes de la Société civile, à l'occasion du dépôt par le Président Zine El Abidine Ben Ali, de sa candidature à l'élection présidentielle du 24 octobre prochain, sont riches d'enseignements. Elles consacrent une unanimité autour de cette candidature qui est celle d'un homme qui a entrepris, il y a de cela dix-sept années, une action historique salutaire qui a libéré notre pays de la décomposition et de la dégénérescence, rétabli et renforcé la dignité de ce peuple et réhabilité la République, ses valeurs et ses institutions. Elles constituent également une reconnaissance et un hommage à celui qui a su, avec courage et lucidité, répondre aux attentes des Tunisiens et engager le pays dans une grande et ambitieuse entreprise de démocratie et de vie politique pluraliste.

Ces réactions signifient aussi que le peuple tunisien est conscient de ce que cet homme a fait pour réconcilier la Tunisie avec elle-même, son histoire, son identité profonde et son environnement géopolitique et culturel, pour lui éviter les risques et les dangers des extrémistes et engager son économie, à la limite de la rupture à la veille du 7 Novembre, sur la voie de la modernité et de la réforme sur la base d'un contrat social, garant de justice sociale et de progrès dans l'égalité des chances.

Appuyer la candidature du Président Zine El Abidine Ben Ali et s'en féliciter, c'est la placer dans son contexte historique et politique. C'est aussi saisir toute sa signification et affirmer et consacrer l'ensemble de ses enseignements. C'est aussi soutenir le choix démocratique car c'est sous le signe de l'affirmation de cette option irréversible que se situe la candidature du Président Ben Ali. Pour la deuxième fois de son histoire, la Tunisie s'apprête à vivre une élection présidentielle pluraliste. Que des Tunisiens puissent se porter candidats, dans un cadre démocratique aux règles clairement définies et respectées par toutes les parties en présence et sur lesquelles veille une Administration neutre et impartiale, n'était même pas concevable avant le Changement. Le chemin qui a été parcouru, depuis, est long et il recèle de nombreux acquis que nous nous devons tous de consolider et d'enrichir car la démocratie est une action qui s'inscrit dans la durée et qui n ' est jamais achevée. L'Histoire retiendra, et c'est là l'un des enseignements de l'échéance du 24 octobre, que ce qui a été fait dans le domaine de la démocratie - tout comme dans d'autres domaines - nous le devons à la volonté du Chef de l'Etat qui a su prendre les mesures et les décisions qui s'imposent pour consacrer cette volonté et leur conférer un caractère solennel et irréversible.

Le 24 octobre, les Tunisiens et les Tunisiennes auront à choisir celui qui assumera pendant cinq années la charge suprême de l'Etat et leurs représentants à la Chambre des Députés. Pour la première échéance, plusieurs candidats se présenteront au suffrage populaire. Le Président Zine El Abidine Ben Ali et le Secrétaire général du Parti de l'Unité Populaire ont déjà déposé leur candidature, on s'attend à ce que le candidat de l'Initiative Démocratique le fasse incessamment et d'autres partis désigneront leurs candidats. Pour l ' opposition, il s'agit incontestablement d'une occasion privilégiée. D'abord, parce qu'en participant à cette élection, ils consacrent les progrès incontestables réalisés par notre pays sur la voie de la démocratie pluraliste et contribuent, par là même, à les renforcer et à les enrichir. Ensuite, parce qu'ils peuvent à cette occasion faire connaître leur programme, leur approche et leur vision de l'avenir de notre pays ; ce qui ne manquera pas de concourir à la promotion de la vie politique démocratique.

Les élections législatives se dérouleront dans le même cadre pluraliste et verront la compétition de plusieurs listes. Les partis politiques se sont préparés à cette échéance, chacun à sa manière et selon ses traditions. A ce propos, quelques données et remarques doivent être, à notre sens, soulignées. D'abord au niveau du choix des candidats. Si, au sein du RCD, le choix ne pose pas de problème important puisque c'est le Bureau Politique qui décide, sur la base des choix des militants, la question focalise la vie des partis de l'opposition et occulte les autres aspects, pourtant essentiels, des élections législatives. Il est certes normal, naturel et même sain que dans un parti, les militants veuillent le représenter aux échéances électorales locales ou nationales, mais ce qui l ' est moins, c'est que cette ambition légitime donne lieu à des manoeuvres, des conflits et des divisions, et que la direction du parti tente d'imposer ses choix à la base. Dans certains partis, des différends sérieux sont apparus, notamment en ce qui concerne le choix des têtes de listes - ce serait le moyen le plus sûr d ' être assuré de l'élection, de la place des membres du Bureau Politique dans les régions, de l'alternance. Ce sont là des questions significatives de l'existence d'un état d'esprit qui est loin de contribuer au développement de ces partis. La solution est pourtant simple et s'impose d'elle-même. L'application des règles de la démocratie et de l'alternance - celles-là mêmes que ces partis prônent pour le reste du pays - est seule capable de venir à bout de ces problèmes et de ces conflits sur lesquels se greffent souvent des considérations personnelles ou régionalistes. Le choix se fera alors sur la base des critères de la compétence, du rayonnement et de la capacité de chacun à mieux servir les intérêts du parti.

La deuxième remarque, en réalité consécutive à la première, est relative aux programmes des différents partis de l'opposition. A quelques semaines de la date des élections, aucun de ces partis n'a présenté son programme ni même ses grandes lignes. Certes, des commissions ont été constituées pour concevoir ces programmes mais on n'a pas le sentiment que ce soit, au vu de ce qui se passe au sein de ces partis, l'objectif prioritaire. Pourtant, c ' est là pour eux l ' occasion de mieux faire connaître leur programme et éventuellement d'élargir leur audience car les électeurs choisissent certes des candidats mais ils le font dans la mesure où ils sont porteurs de projets qui répondent à leurs attentes et à leurs ambitions.

Nous avons tenu à faire ces remarques, non par un quelconque esprit pessimiste, mais parce que nous sommes convaincus qu'elles concernent des problèmes réels qui, s'ils ne sont pas dépassés dans une approche démocratique, risquent de discréditer les partis de l'opposition et de porter atteinte à l'expérience démocratique. Etant évident que pour réussir la démocratie, il faut être plusieurs. Au cours de la prochaine quinquennie, notre pays aura à affronter de nombreux défis politiques, économiques et sociaux. Parmi eux, la consolidation de la démocratie occupe une place centrale. 11 s'agit d'un objectif prioritaire qui conditionnera, de façon directe ou indirecte, tous les autres. Pour l ' atteindre, la responsabilité de toutes les parties est engagée et celle de l'opposition pas moins que les autres. Il s'agit pour elle de dépasser ses problèmes internes, d'abord en les posant de façon claire, puis en les résolvant dans un cadre de démocratie et de transparence , et c'est ainsi qu'elle pourra assumer sa mission, essentielle dans un système démocratique.