Discours du Président Zine El Abidine Ben Ali devant la Chambre des députés à l'occasion de la prestation de serment après sa réélection pour un nouveau mandat présidentiel


''Monsieur le Président de la Chambre des députés,

Il me plaît tout d'abord de vous présenter mes vives félicitations pour la présidence de cette honorable assemblée, et de féliciter, également, l'ensemble de ses membres pour leur élection à cette nouvelle legislature, en exprimant ma considération à cette instance constitutionnelle pour ce qu'elle porte comme hautes significations qui consacrent les principes républicains, la souverainete du peuple et sa volonté indépendante.

Ce sont ces mêmes principes qui fondent notre projet de réforme et de modernisation, depuis l'aube du changement. Un projet dans lequel nous avons accordé une place centrale au pouvoir législatif, en veillant à le réhabiliter et à le promouvoir afin qu'il reflète les aspirations de notre peuple à un surcroît de bien-être et de progrès, et exprimé au mieux sa maturité et sa prise de conscience des défis et paris auxquels il est confronté à chacune des etapes de son évolution.

Nous nous sommes également attachés, à travers nos initiatives de réforme successives qu'elles concernent la révision de la Constitution ou celle du Code électoral et d'autres textes régissant la vie publique et garantissant les libertés, à consacrer notre volonté inébranlable d'asseoir la démocratie et le pluralisme dans le paysage politique national et au sein de votre honorable assemblée et de garantir les droits de l'Homme, dans le texte comme dans la pratique et au niveau culturel.

Ces changements n'auraient pas pu se traduire aujourd'hui, dans la réalite concrète, que nous faisons avancer constamment à chaque nouvelle étape, sans nos initiatives et notre foi en ces principes et valeurs.

Ayant retenu parmi les axes principaux de la récente réforme constitutionnelle, la consolidation du pouvoir législatif au moyen de la création d'une Chambre des conseillers, nous annoncons, aujourd'hui, l'organisation d'élections le concernant, avant la fin du mois de jui 2005.

Nous nous emploierons, dans le cadre de la nouvelle Constitution du pays et dans le cadre de la construction républicaine et de ses principes et valeurs, à faire en sorte que cette nouvelle institution constitutionnelle enrichisse notre progression démocratique et renforce de manière efficace la participation des régions, des partenaires sociaux et des compétences à la gestion des affaires nationales, et que la colonie tunisienne à l'étranger, hommes et femmes, soit représentée au sein de cette chambre, comme nous l'avons annonce dans notre programme électoral.

Nous avons pris coutume de consacrer la corrélation entre le développement, la démocratie et la protection des droits de l'Homme, et sommes soucieux d'assurer la complémentarité entre les fondements de la stabilité, la poursuite du progrès et du développement intégral durable, d'une part, et l'évolution démocratique et pluraliste irréversible, d'autre part.

Je tiens à réaffirmer, une fois de plus, à cette occasion, que nous plaçons le renforcement des partis politiques au premier rang de nos préoccupations, comme étant des forces nationales dont les efforts doivent indispensablement se focaliser sur l'action au service de l'intérêt supérieur du pays, la consolidation du système républicain et l'action en faveur d'un avenir meilleur pour la Tunisie, dans le cadre de la fidélité exclusive à sa bannière et de la défense de sa souveraineté et de son invulnérabilité.

C'est que nous considérons que notre peuple est digne de disposer de formations politiques de constitution solide et d'un patriotisme à toute épreuve.

C'est pourquoi nous oeuvrerons à renforcer l'appui que l'Etat apporte à ces partis, afin qu'ils exercent leur rôle et leurs activités dans le contexte de l'indépendance et du respect de la loi, en ayant pour principe en cela, le respect du droit à la différence, et l'attachement aux constantes nationales, à la primauté de la Constitution et de la loi, en tant que devoirs fondamentaux qui confortent la citoyennete et gouvernent les relations entre toutes les parties.

L'opposition honnête se doit d'être constructive et s'employer à présenter des solutions de rechange qui soient claires et cohérentes, afin que le peuple puisse choisir entre des approches et des programmes qui convergent tous vers l'action au service du pays et la construction de l'avenir. En cette étape cruciale, il n'y a pas lieu de se s'en tenir à une position de spectateur ni de se livrer à des surenchères en jetant le doute et en multipliant les fausses allégations. Nous avons ouvert les portes du dialogue devant tout le monde, et sommes attentifs aux préoccupations de notre peuple et de toutes ses catégories sociales, partageant ses preoccupations quotidiennes et ses ambitions.

Tout ceci dans le contexte de l'Etat de droit et des règles qui le regissent. Car, la loi est l'arbitre de référence pour tous, et il n'y aura nul retour en arrière, comme nous l'avons souligné dans notre programme électoral, dans notre option en faveur de la démocratie et du pluralisme, le dialogue nous permettant de parvenir aux meilleures solutions pour tous les problèmes et sujets de préoccupation que la vie nationale pourrait poser.

Le début du nouveau mandat présidentiel et de la nouvelle legislature marque le démarrage d'une etape qui sera certainement déterminante pour la construction de la Tunisie de demain, à la suite d'élections qui se sont déroulées dans des conditions privilégiées et de campagnes électorales qui ont témoigné du comportement démocratique de notre peuple, de la sincérité de l'opération électorale et de la crédibitilite du système politique national.

Il s'agit d'une étape déterminante non seulement par ses dimensions politiques, mais aussi au regard des mutations sociales, économiques et culturelles que notre pays a connues tout au long des deux précédentes décennies et des acquis et réalisations qu'il a accomplis, ainsi que des développements qu'il est appelé à connaître au cours de la période à venir.

Les résultats du dernier recensemement général de la population et de l'habitat, réalisé en 2004, ont illustré l'importance de ces mutations. Ainsi, le pays compte actuellement près de dix millions d'habitants et le taux de croissance démographique est tombé, au cours de la décennie passée, à une moyenne de 1,21% par an, soit moins de la moitie du taux enregistré au cours de la décennie qui l'a précédée.

Ce changement a été accompagné d'un accroissement du taux d'urbanisation, la population habitant en milieu communal représentant en effet, près des deux tiers de la population totale,

contre 61% en 1994. Certains gouvernorats ont enregistré des taux d'accroissement plus élevés de leur population, tandis que d'autres gouvernorats ont accusé une diminution au niveau de leur population.

La taille moyenne de la famille tunisienne est tombée à quatre personnes et demie, contre plus de cinq personnes auparavant.

Si l'on ajoute à ces données le fait que la mobilité interne de la population entre les villes et les gouvernorats a concerné, au cours des cinq dernières années, plus d'un million et demi

d'habitants, pour des raisons qui sont liées principalement à l'emploi, aux études et au changement de statut familial, l'on trouve un indicateur éloquent de l'évolution de l'activité sociale et économique dans le pays, corroboré par l'augmentation enregistrée au

niveau des logements, cette augmentation ayant été de 635 000 logements au cours de la décennie écoulée, soit un taux d'accroissement de près de 3 % par an, réalisée, à concurrence de 81 % en zones communales. Le nombre des logements dépasse désormais de 14 % celui des ménages, ce qui constitue un indicateur positif qui est des plus rares dans les pays du monde.

Ces mouvements de population et cette dynamique de développement que les pays a connus, se sont accompagnés d'une évolution du potentiel d'emploi et d'une baisse, pour la première fois, du taux de chômage qui est tombe à 13,9 % en 2004, malgré un accroissement notable du nombre des demandeurs d'emploi appartenant à la tranche d'âge 18-59 ans.

Ces changements sont porteurs de significations que nous étudions attentivement pour explorer l'avenir et connaître la physionomie future du pays d'ici la fin de la décennie et au-delà, et nous y préparer en conséquence pour en traiter les différentes dimensions, démographiques, sociales et économiques, et gagner les enjeux qu'elles posent, afin de garantir un avenir meilleur pour nos générations futures.

Il suffit d'observer les changements survenus dans la structure d'âge de la société tunisienne et l'évolution sans précédent de l'espérance de vie à la naissance, la proportion des enfants de moins de quatre ans, étant tombée, aujourd'hui, à seulement 8,1 % contre 14,6 % dix ans auparavant.

La proportion de la population relevant de la tranche d'âge 5-14 ans est, également, tombée à 18,6 % au cours de la décennie écoulée, contre 25,1 % en 1994, et cela grâce à la réussite de nos politiques dans ce domaine, ce que nous n'avons pas manque de prendre en considération dans la nouvelle réforme du système éducatif et dans la définition des objectifs de ce système, dans notre programme pour la Tunisie de demain.

La tranche d'âge du milieu, c'est-à-dire celle de 15 à 59 ans, s'est élargie pour représenter 64 % au moment du recensement contre 53,6 % de la population totale au début de la même période. Elle est en outre devenue mieux qualifiée et plus instruite, ce qui a modifié la structure du marché de l'emploi et la composition de la main-d'oeuvre, cette évolution s'est d'autre part accompagnée d'une augmentation de la proportion des personnes âgées de plus de soixante ans, qui est passé de 6,7 % à 9,3 % de la population totale.

Il suffit d'analyser ces caractéristiques dans leur ensemble, pour se rendre compte de l'importance stratégique de nombreux sujets tels que l'emploi, la politique éducative aux divers niveaux de l'enseignement, et le pari de la création d'entreprises, du développement de l'infrastructure, de la promotion des villes tunisiennes, des politiques adoptées en matière de santé et d'environnement et autres. C'est sur ces mêmes thèmes que nous avons axé notre programme électoral, notre programme conçu pour ce nouveau mandat présidentiel et pour la Tunisie de demain, un programme que nous avons voulu ambitieux et réaliste, allant au devant des changements attendus au niveau de la société tunisienne et dans son environnement.

Dès lors que les indicateurs économiques et sociaux attestent en toute clarté l'importance des acquis réalisés pour la Tunisie tout au long de la période écoulée, et les résultats positifs enregistrés à tous les niveaux, en depit des difficultés climatiques et de la conjoncture mondiale qui ont marqué cette période, ce programme constitue une nouvelle plate-forme d'action et fixe des objectifs qui réflètent les réussites du passé et les ambitions pour l'avenir.

Nous en avons entamé la mise en oeuvre depuis le premier jour qui a suivi les élections. C'est également à la lumière de ce programme que nous avons révisé le projet de budget de l'Etat et la loi de financés pour l'exercice 2005. C'est aussi sur la base de ses choix que seront renforces les programmes des deux dernières annees du Xème Plan de développement. Ce programme servira également de base fondamentale pour l'élaboration du prochain plan.

La réalisation de ces objectifs requiert les efforts et la persévérance de tous. Nous avons ouvert la voie devant la participation de toutes les Tunisiennes et de tous les Tunisiens,
individus et collectivités, partis politiques, organisations et associations. Nous avons consolidé cette option en élargissant le champ de l'action régionale. La période à venir sera marquée par l'extension des attributions des conseils régionaux, comme nous l'avons souligné dans notre programme électoral.

La Tunisie appartient à tous les Tunisiens. C'est pour elle que nous oeuvrons et c'est à elle seule que nous nous dévouons. Rattraper le cortège des pays évolués n'est pas un objectif aisé.

Toute contribution à sa concrétisation, à partir de n'importe quelle position ou niveau de responsabilité, est un acte de patriotisme et de militantisme. L'étape présente est une étape de labeur et de persévérance. Nous n'avons pas d'autre choix que l'action et le travail, afin qu'aucune part du potentiel de notre peuple, aussi infime soit-elle, ne soit dilapidée.

Notre système républicain dont nous avons constamment veillé à consolider et a promouvoir les fondements, garantit, au moyen de ses institutions et de ses lois, la participation de tous et consacré le principe de la concertation dans le cadre du respect des libertés et
des valeurs démocratiques. La liberté d'opinion et d'expression est une valeur constante que nous avons consacrée à travers nos diverses initiatives et la modernisation du Code de la presse, qui compte parmi les textes les plus avancés.

Au cours de la période à venir, nous oeuvrerons à élargir davantage les espaces de dialogue dans le paysage médiatique et à renforcer le rôle des diverses composantes de la société civile - partis politiques, organisations et associations - dans l'expression de leurs points de vue et de leurs choix et dans la présentation de leurs propositions et approches, dans le cadre de la liberté et dans le contexte de la loi et des règles du comportement démocratique.

Notre attachement constant à faire évoluer le secteur de l'information vers plus de diversité et à l'ouvrir à l'initiative privée, ainsi qu'à améliorer la situation des journalistes, s'inscrit
précisément dans le cadre de ces choix. C'est un processus dans lequel nous avons invariablement insisté sur l'éthique de la profession, le respect de la loi et des intérêts supérieurs du pays.

Vous assumez, au sein de cette assemblée, tout comme dans vos activités régionales et vos contacts avec les citoyens, un rôle important en matière de mobilisation des potentialités du pays et de sensibilisation des volontés pour la réalisation de nos aspirations.

Vous êtes investis, également, d'un rôle essentiel pour élargir et approfondir la prise de conscience des défis et enjeux qui nous attendent et de leurs implications. Car vous êtes les représentants du peuple qui vous a élus afin que vous placiez son intérêt au-dessus
de toute autre considération. La diversité de vos appartenances politiques est la pour être une source de richesse du dialogue dans l'enceinte de cette honorable assemblée, pour le renforcement des acquis et des réalisations.

Nous voulons que cette étape soit celle d'un surcroît de labeur et de persévérance, tant il est vrai que la caravane du progrès ne s'arrête pas, et ne fait nulle place aux retardataires.

L'objectif d'atteindre le niveau de progrès auquel aspire notre peuple, rend cette étape particulièrement délicate. Nous n'avons pas d'autre choix que celui de réussir à concrétiser les objectifs que nous avons fixés.

Ce qui renforce notre optimisme pour l'avenir, ce sont les aptitudes qui caractérisent notre peuple, et en premier lieu, les énergies créatrices de sa jeunesse. La société tunisienne est
aujourd'hui, en effet, sur le point de se débarrasser totalement du phénomène d'analphabétisme hérite des décennies passées. Le taux d'analphabétisme a, en effet, baissé de neuf points au cours des dix années écoulées, et nous nous employons à ce que ce taux soit à un seul chiffre d'ici la fin de ce nouveau mandat présidentiel.

Notre société a connu en l'espace de dix ans, un doublement de la proportion de ceux qui ont le niveau de l'enseignement supérieur, qui est aujourd'hui de l'ordre de 8 %, et l'on s'attend à ce que ce taux atteigne, au cours des cinq années à venir, 14,6 % de la population totale.

Tout en percevant clairement l'enthousiasme et l'engagement qui caractérisent, aujourd'hui, les jeunes tunisiens, la présence de potentialités nouvelles, ainsi qu'un engouement pour les sciences, les connaissances et les technologies modernes, et une prise de conscience croissante des défis de l'avenir, avec une maturité qui témoigne de leur attachement aux valeurs de l'initiative et de leur volonté de se prendre en charge, doublée d'une tendance à la recherche et à la créativité, nous voyons en ces nouvelles générations une image lumineuse de la Tunisie de demain. Une image que nous nous employons à parfaire et pour laquelle nous avons conçu notre programme, avec les ambitions dont il est porteur et qu'étayent cette réalité positive et les mutations engendrées par la dernière période de changement et de réforme dans notre pays.

En parlant de l'avenir, il nous faut exprimer la profonde fierté que nous donne la femme tunisienne dont nous avons consacré l'égalité avec l'homme et oeuvrons, aujourd'hui, à travers notre programme, à consacrer le partenariat avec lui, dans tous les domaines politiques, économiques, sociaux et culturels, et à en élargir les horizons, après que nous avons consolidé ses droits au moyen de diverses législations et renforcé sa présence au sein des instances constitutionnelles et autres, à travers nos initiatives successives.

Ayant réaffirmé notre attachement à persévérer dans cette voie, nous nous emploierons, au cours de la période à venir, à concrétiser ce que la femme tunisienne ambitionne de réaliser au cours de cette période, et cela en lui attribuant 30% des postes de décision et de responsabilité, avec la fin de l'année 2009.

La femme tunisienne est au premier rang des forces vives du pays. De par le statut privilégié dont elle bénéficie dans la Tunisie du C hangement et dans l'environnement civilisationnel auquel elle appartient, elle constitue l'une des garanties fondamentales de la construction de l'avenir, non seulement parce que la femme est la moitié de la société et que son maintien hors du mouvement de l'histoire et du processus de développement est synonyme de paralysie sociale et de handicap au progrès mais aussi parce que la femme est éduquée et compétente, travailleuse et dotée d'esprit d'initiative, créatrice enracinée dans la modernité, attachée à son identité nationale et aux attributs de sa personnalité tunisienne.

Avec un tel statut, une telle prise de conscience et une telle maturité, la femme constitue l'un des facteurs de la modernité, de la modération, de l'équilibre de la société et de sa cohésion. C'est pour cela que nous l'avons toujours considérée comme l'un des piliers de la réforme introduite par le changement.

C'est pour la Tunisie que nous nous employons à mobiliser toutes les potentialités et énergies de notre peuple, et à ouvrir à tous les voies de l'action et de la création. c'est là l'esprit même de la République et de ses principes. Vous n'êtes pas sans savoir que nous n'avons ménagé aucun effort pour asseoir les fondements de tout ce qui peut servir la concorde et la cohésion dans notre pays. C'est ce qui nous a permis, à travers nos politiques, sociales, la concertation permanente entre les partenaires sociaux et la démarche contractuelle qui ne s'est point interrompue, de réaliser les meilleurs résultats, au bénéfice de nos intérêts communs et de la concrétisation des objectifs nationaux.

C'est ce que nous avons conforté à travers notre option en faveur de la solidarité, qui ne s'est pas limitée au désenclavement des zones d'ombre ni à l'amélioration des conditions de vie et des sources de revenu des différentes catégories aux besoins spécifiques, mais est allée bien plus loin, pour s'étendre aux domaines de l'emploi, de l'intégration professionnelle et de la création de petits projets, afin de constituer ainsi un mécanisme fondamental du processus de développement, en même temps qu'une des sources de richesse de l'économie nationale.

Nous avons réalisé la corrélation, la complémentarité et l'interdépendance entre toutes ces composantes de la politique de réforme, d'une part, et la protection des droits de l'homme et des libertés, la diffusion de leur culture et la promotion de leurs outils, d'autre part. Nous avons fait des valeurs humaines notre point de départ dans toutes les actions que nous avons entreprises. Ces actions ont touché l'ensemble des Tunisiennes et des Tunisiens, sans aucune exclusion. Je n'ai nul besoin d'énumérer les réformes et les initiatives que nous avons mises en oeuvre en la matière, avec une volonté inflexible et une détermination constante.

Je tiens à affirmer en toute clarté que nous n'avons pas de détenu d'opinion ni de prisonnier politique et que l'action politique est libre et régie par la constitution qui interdit toute constitution de parti fondé sur la religion, la race ou la langue. Ce sont là les constantes de notre système républicain et les principes de l'action patriotique saine. Nous avons oeuvré dans l'exercice de nos pouvoirs constitutionnels en matière de droit de grâce ou d'attribution de la liberté conditionnelle, à ne pas faire de distinction entre un citoyen et un autre, et à ne prendre en compte que le traitement humain dû à chacun en préservation de ses droits, dans le respect de l'égalité de tous devant la loi et la justice.

La loi reste la référence de base dans l'application des conditions d'attribution de droit de grâce et de la liberté conditionnelle, pour quiconque tombe sous le coup des règles du droit commun.

Vous allez traiter, au cours de cette législature qui commence, de multiples préoccupations et questions nationales et vous allez discuter le budget de l'Etat et les plans et programmes de développement, à la lumière des objectifs fixés pour le pays et des ambitions pour lesquelles notre peuple s'est unanimement engagé à oeuvrer.

Dans toute action que nous entreprenons et toute orientation pour laquelle nous optons, nous devons avoir à l'esprit l'image que nous voulons pour la Tunisie de demain. Cette Tunisie que nous voulons un pays moderne, dans tous les sens de la modernité, avec de belles villes, un environnement sain, un développement durable et une infrastructure solide, cette même Tunisie dont nous avons dit vouloir en faire un centre mondial du commerce et des services et un pôle d'attraction de l'investissement mondial. Une Tunisie avec un système éducatif, une production industrielle et agricole, ainsi que des services qui soient compétitifs et conformes aux normes internationales. Tous les objectifs que nous avons fixés sont, en effet, quant à leurs finalités, et par delà les détails pratiques, des objectifs qualitatifs.

La plus grande intégration de l'économie nationale et le renforcement de son ouverture sur le monde extérieur, requièrent une accélération du rythme de la libéralisation financière extérieure et l'évolution progressive vers la convertibilité totale du dinar, qui reste un pari que nous nous employons à gagner à travers une démarche graduelle tenant compte des exigences de la situation présente.

En vue de renforcer ce qui a été réalisé jusqu'à présent dans ce domaine et de mettre en oeuvre l'orientation que nous avons adoptée et annoncée dans notre programme électoral, nous ordonnons de relever, à partir du premier janvier 2005, les droits de transfert annuel au titre de l'allocation de voyage d'affaires des exportateurs, pour les porter de 15 % à 25 % des recettes d'exportation, et de porter le plafond de cette allocation de 120.000 dinars à 180.000 dinars, afin d'encourager davantage les entreprises à promouvoir leurs exportations, et de doubler le montant de l'allocation de voyage d'affaires des promoteurs, pour le porter de 5.000 dinars à 10.000 dinars, afin de favoriser la création de projets nouveaux. Nous ordonnons, également, la suppression des autorisations d'ouverture de dossiers d'allocations de voyage d'affaires liées à des marchés réalisés à l'extérieur, et d'allocations de voyage d'affaires des importateurs, afin de faciliter les procédures et de les simplifier.

Les établissements de crédit qui ont obtenu une notation auront la liberté de mobiliser des ressources en devises de l'étranger, sans limite. De même, les entreprises non-financières ayant obtenu une notation, pourront mobiliser des ressources en devises à partir de l'extérieur, à concurrence de 10 millions de dinars, contre 3 millions de dinars actuellement, l'objectif étant d'appuyer les efforts de l'Etat en matière de financement de l'économie et de mobilisation de ressources financières extérieures.

Nous ordonnons, d'autre part, de majorer de 50 % les montants pouvant être transférés annuellement au titre de l'investissement à l'étranger, pour toute entreprise résidente exportatrice et de permettre aux entreprises résidentes non exportatrices, qu'elles soient individuelles ou sous forme de sociétés, d'investir à l'étranger pour consolider leur présence à l'étranger, et ce dans la limite d'un plafond annuel allant de 10.000 dinars à 100.000 dinars, l'objectif étant d'encourager l'entreprise à établir de nouvelles relations et à renforcer son partenariat avec les entreprises étrangères, ainsi que de favoriser l'intégration dans l'environnement régional tout particulièrement au niveau des pays de l'Union du Maghreb Arabe et d'améliorer les perspectives de développement des exportations.

Nous avons, d'autre part, donné des instructions en vue d'autoriser l'ouverture de comptes en devises au profit des exportateurs de services, parmi les personnes physiques, pour les encourager à intensifier leurs efforts en matière d'exportation de services, en plus du relèvement de la part des recettes susceptibles d'alimenter les comptes professionnels, pour la porter de 70 % à 100 % dans l'objectif de consolider la compétitivité de l'entreprise en lui permettant de se prémunir contre les risques du change.

Nous tenons à entamer la mise en oeuvre de notre programme, conformément à une méthodologie précise accordant une place importante à l'évaluation périodique, de manière à pouvoir réaliser, à la lumière de cette évaluation, les meilleurs résultats pour notre pays, sur tous les plans.

Nous comptons sur nous-mêmes, sur les potentialités de notre pays et les aptitudes de ses filles et de ses fils, en étant confiants en la pertinence de nos choix et en oeuvrant en permanence en faveur de la coopération et de la solidarité avec nos frères et amis, et en
veillant à approfondir nos relations avec nos partenaires, partout dans le monde.

Nous nous sommes attachés, depuis le changement, à consacrer les principes de respect mutuel, d'entente, de modération, de coopération et de solidarité dans nos relations extérieures, aux niveaux tant bilatéral que multilatéral, dans le cadre de l'attachement à notre souveraineté nationale, à notre appartenance civilisationnelle et aux fondements de notre personnalité nationale tunisienne, profondément ancrée dans son environnement maghrébin, arabe, islamique, africain et méditerranéen.

Nous oeuvrons en faveur de la paix et de la stabilité et pour le renforcement des conditions de sécurité et de solidarité. Nous ne ménageons aucun effort au service des causes justes et en premier lieu, le problème du Moyen-Orient et le rétablissement du peuple palestinien dans ses droits. Nous nous devons, à cet égard, d'exprimer une fois de plus, avec recueillement, notre vive tristesse et notre émotion à la suite de la perte cruelle qui vient d'affecter le peuple palestinien frère et l'ensemble de la nation arabe, à la suite de la disparition d'un leader d'exception, et d'un combattant tenace, dirigeant-symbole et frère cher à nos coeurs, le regretté militant Yasser Arafat, puisse Dieu Tout-Puissant l'entourer de son infinie Miséricorde.

Je vous invite à vous lever en témoignage de recueillement à la mémoire de l'illustre disparu.

Nous avons l'espoir, son combat héroïque étant resté un symbole impérissable et son attachement aux droits du peuple palestinien frère constant et inébranlable, que nos frères palestiniens parviendront, avec le soutien de la nation arabe et une prise de position énergique de la part de la communauté internationale et des parties garantes de la paix, et tout particulièrement des Etats-Unis d'Amérique, à reprendre le processus de paix, en vue de la création de leur Etat indépendant, dans le contexte de l'unité nationale et dans le cadre de la paix et de la stabilité au profit de tous les peuples de la région.

Nous sommes attachés à apporter notre soutien à tout ce qui peut servir l'action arabe commune et dynamiser le processus de réforme et de modernisation dans notre région, et à voir s'intensifier les efforts onusiens et internationaux pour aider le peuple irakien frère
à recouvrer sa sabilité pour se consacrer, dans le cadre de son intégrité territoriale, à la reconstruction de son pays.

Nous oeuvrerons, d'autre part, à continuer de renforcer le processus de partenariat avec l'Union européenne, en vue d'accomplir le bond qualitatif souhaité, sur le chemin de l'intégration dans notre environnement extérieur, au mieux des intérêts de la Tunisie et de l'ouverture d'horizons plus vastes pour nos générations futures.

Nous avons, également, la ferme volonté de consolider notre coopération avec les pays africains frères, tant au niveau bilatéral que dans le cadre de la coopération triangulaire et des mécanismes et programmes de l'Union Africaine, et d'impulser la coopération avec les pays d'Amérique et d'Asie et d'en élargir les perspectives.

Notre peuple est en mesure de réaliser des miracles, grâce à l'intelligence de ses filles et de ses fils et à leur volonté de relever les défis. Nous nous engageons, avec l'aide de Dieu, dans une nouvelle étape, avec un profond optimisme, tant nous avons confiance en notre peuple. Et tant nous sommes dévoués à notre patrie. Tous déterminés à travailler, et à persévérer dans l'action. Au service de la Tunisie, de son progrès, de sa gloire et de son invulnérabilité.

Dieu Tout-Puissant a dit : ''Dis : Seigneur, fais que mon entrée soit par une porte bénéfique et qu'il en soit de même de ma sortie. Et fais que ta puissance souveraine me soit donnée comme secours''. (Coran).